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Portrait : Angéli Kodjo, enseignant-chercheur et directeur du Laboratoire des leptospires et analyses vétérinaires (LAV)

Quel est ton parcours et ton histoire avec VetAgro Sup ?

Avant de travailler à VetAgro Sup, j’ai suivi le cursus vétérinaire en tant qu’étudiant de 1981 à 1985. Je suis ensuite parti 5 ans en Afrique, en Côte d’Ivoire. J’y ai exercé mes fonctions dans le cadre d’un laboratoire de diagnostic des pathologies infectieuses et j’ai également pu exercer la médecine et la chirurgie dans une clinique locale. J’y ai abordé toutes sortes d’animaux, de compagnie et de production, mais également des animaux de réserve (félidés sauvages en particulier).

Je me souviens d’une anecdote qui rappelle encore aujourd’hui le lien important qui existe entre les 2 médecines, humaine et animale : dans la bourgade où j’exerçais et où nous nous connaissions tous, un médecin m’a un jour appelé au chevet d’une de ses jeunes patientes défigurée par la morsure d’un chien. L’hydrophobie qu’on décrit dans les ouvrages ne laissait guère de doute sur l’étiologie rabique (virus de la rage).

Sans que nous échangions spécifiquement sur chacun de nos rôles, j’avais compris qu’il attendait du médecin de l’animal que j’étais, une action « vigoureuse » afin d’épargner de telles souffrances à l’Homme. J’ai entrepris dans la foulée, en écho aux enseignements du Professeur Louis JOUBERT, un de nos maîtres très respecté de l’ENVL, une campagne d’éradication des chiens errants et de vaccination simultanée des chiens de compagnie.

Les années qui ont suivi ont été plus sereines. On peut ici rappeler que le concept One Health né dans les années 2000 est une réalité inscrite dans l’ADN de notre profession, cela depuis ses origines. Je suis en particulier très sensible à l’action des étudiants du DVEL (Dispensaire Vétérinaire Étudiant de Lyon) qui s’inscrit dans cette lignée et que je soutiens.

À mon retour en France en 1991, je me suis formé en taxonomie bactérienne à l’Institut Pasteur à Paris. J’ai par la suite intégré VetAgro Sup (anciennement École Nationale Vétérinaire de Lyon – ENVL) comme assistant d’enseignement et de recherche contractuel (AERC), aux côtés du Professeur Yves RICHARD. J’ai commencé par enseigner la bactériologie, puis la virologie à partir de 1998.

La préparation de ma thèse universitaire (PhD) m’a permis d’aller à la rencontre d’un spécialiste des bactéries du genre Moraxella à Oslo en Norvège. Au cours de cette expérience nordique, j’ai identifié deux nouvelles espèces bactériennes : Moraxella caprae (isolée à partir d’une chèvre) et la Moraxella bovreï (en hommage au spécialiste norvégien qui m’a encadré). J’ai validé ma thèse en 1994 puis mon concours de maître de conférences et mon habilitation à diriger des recherches (HDR) et je suis actuellement professeur de classe exceptionnelle.

Mes activités se concentrent aujourd’hui autour de 4 domaines :

  • Enseignement

J’ai toujours été habité par la volonté de transmettre et d’être un acteur du développement de la profession.

  • Recherche, elle m’a permis de parcourir une variété de genres bactériens, notamment Moraxella, Pasteurella, Mannheimia, Corynebacterium, Staphylococcus, Aeromonas , Rhodococcus, et enfin les leptospires auxquelles je consacre désormais l’essentiel de mes travaux.

Quand je suis arrivé, le service disposait d’une collection bactérienne d’environ 600 souches bactériennes, certaines conservées depuis 1978, aujourd’hui nous avoisinons les 12 000 souches bactériennes !

  • Diagnostic de la bactériologie animale
  • Gestion du laboratoire P3, qui conserve les souches microbiennes hautement pathogènes du site et pour lequel je possède une autorisation de l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

 

Tu travailles sur les leptospires depuis plusieurs années, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Les leptospires sont des bactéries liées aux rongeurs, notamment lorsqu’ils évoluent en milieu aquatique. Elles ont initialement été découvertes sur le rat, mais on sait désormais qu’il existe plusieurs réservoirs potentiels pour ces bactéries (ragondin, hérisson, raton laveur, castor…). Nous travaillons d’ailleurs avec le campus agronomique sur la question des campagnols, qui font partie des espèces porteuses et qui dévastent les productions agricoles. Ce micromammifère est donc un pont entre nos 2 campus.

Les leptospires sont disséminées via les urines de ces animaux, on les trouve de ce fait plus fréquemment dans les lieux aquatiques. Les personnes les plus touchées sont par conséquent les baigneurs et les pêcheurs. Le chien est lui aussi fortement exposé aux leptospires et par extension, toutes les personnes en contact réguliers avec des chiens.

D’autres animaux domestiques peuvent également être affectés avec des symptômes plus ou moins graves ; citons entre autres, le cheval chez qui l’affection se manifeste souvent par une atteinte oculaire pouvant aller jusqu’à la cécité, et les animaux de production (cochons, vaches…) chez lesquels l’infection d’allure plutôt chronique, induit des troubles de la reproduction. Par extension tous les personnels en contact les animaux infectés ou leurs urines représentent des cibles potentielles (agriculteurs, vétérinaires, égoutiers, éboueurs, bouchers…et aujourd’hui, tous les adeptes de sports ou de loisirs aquatiques). Un réservoir auquel on pense fort peu souvent est le petit rongeur de compagnie acheté au « jardin botanique » local et qui fait le bonheur des enfants.

J’ai plaisir à partager avec vous l’histoire de cette « magicienne » qui faisait apparaître et disparaître des souris de différentes robes dans un chapeau, ce qui émerveillait les enfants des crèches où elle exerçait. Un jour, s’étant procurée 3 nouvelles petites souris au jardin botanique de son village, elle tomba malade quelques jours après et fut hospitalisée. L’infectiologue, qui avait relevé le rôle potentiel de ces petits rongeurs, demanda à la magicienne de nous montrer ses petits compagnons. Grâce aux examens qui ont été réalisés dans notre laboratoire, nous avons pu identifier une leptospire dans les organes des 3 rongeurs, la même que celle avait infecté la « magicienne ».

Plusieurs symptômes aigus peuvent être constatés pour la leptospirose, notamment une insuffisance rénale, une insuffisance hépatique, des hémorragies pulmonaires, un ictère, des vomissements et de la fièvre. Ce profil symptomatique est quasiment identique chez l’homme et le chien. L’agent infectieux est très sensible aux antibiotiques, il n’y a pas de résistance connue. Cependant, en cas d’administration tardive, les lésions déjà installées peuvent entrainer le décès. L’OMS recense plus d’1 million de cas annuels dans le monde, avec des pointes à plus de 20% de mortalité dans certaines régions tropicales.

La leptospirose est donc une pathologie infectieuse d’incidence bien plus importante que les virus très médiatiques récents ou contemporains.

 

Qu’est-ce que le LAV (Laboratoire des leptospires et analyses vétérinaire ?)

Ces 10 dernières années, mes activités de recherche et de diagnostic ont été focalisées sur les leptospires. J’ai ainsi créé le Laboratoire des leptospires au sein de VetAgro Sup en Juillet 2008, dans la foulée du départ à la retraite du Professeur Geneviève André-Fontaine de l’ENV Nantes, qui est à l’origine du premier laboratoire du genre à Nantes, une véritable pionnière. Le laboratoire des Leptospires est une plateforme mondialement reconnue, à la pointe dans ce domaine de recherche. Nous sommes sollicités par des chercheurs du monde entier et travaillons en partenariat avec de nombreux organismes. Récemment, nous avons d’ailleurs accueilli un chercheur Suisse en Post Doctorat.

L’activité a augmenté de façon constante. Au début, nous recevions 3 000 prélèvements par an, nous en sommes aujourd’hui à plus de 10 000.

A l’été 2019, avec la Direction Générale, nous avons jugé qu’il était bon d’unir les expertises du Laboratoire des Leptospires et celles du Laboratoire Vétérinaire départemental du Rhône au sein d’une entité unique. C’est ainsi qu’est né le laboratoire des Leptospires et Analyses Vétérinaires qui a officiellement vu le jour en janvier 2019.

 

Concrètement, quelles sont vos activités au sein du LAV ?

Laboratoire support, le LAV réalise des analyses, en particulier pour la recherche de pathogènes et le diagnostic de maladies infectieuses de toutes les espèces animales. Nous apportons ainsi notre soutien aux activités cliniques de l’établissement et plus globalement à la profession. Concrètement, le LAV est en mesure d’assurer le diagnostic des principales maladies infectieuses (Bactériologie, sérologie, PCR) des animaux soumis à consultation sur le campus ou dans tout cabinet vétérinaire. Lorsque, pour des raisons règlementaires, ce diagnostic n’est pas localement possible (rage par exemple), les échantillons sont redirigés vers les laboratoires agréés dans le respect des normes de transport.

Grâce ses activités de prestation et d’expertise, le laboratoire a réaménagé et équipé une plateforme avec du matériel de pointe (Thermocyclers temps réels, extracteurs d’ADN automatiques, étuves réfrigérées, Congélateurs -80°C, Lyophilisateurs, Nanodrop…) qui profite à l’équipe de recherche sur la leptospirose et les leptospires (UR Rongeurs Sauvages) mais également à de nombreuses structures du Campus.

Enfin, grâce à cette double expertise (prestation et recherche), le laboratoire entretient de nombreuses collaborations avec des partenaires industriels du monde vétérinaire bien sûr, mais également du monde médical.

Je crois qu’on peut, sans fausse modestie, avancer que le LAV constitue une des vitrines de VetAgro Sup.